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La mort de la lettre de motivation (et du CV ?)

par Paul Catteau, B-Reputation

23 juin 2017

La mort de la lettre de motivation (et du CV ?)

Passer des heures entières à rédiger à la main une lettre résumant plus ou moins ses motivations, en se restreignant au verso d’une feuille blanche, et le tout en faisant usage de sa plus belle plume (au sens propre comme figuré) : ce procédé vous parait dépassé et trop codifié pour être réellement performant ? Vous n’êtes pas le seul. En effet, alors qu’il y a encore une dizaine d’années la lettre de motivation était considérée comme une condition sine qua non pour postuler à une offre d’emploi, elle est aujourd’hui loin de faire l’unanimité auprès des candidats et surtout des recruteurs.

Pourquoi assiste-t-on à la fin de la lettre de motivation ?

Alors qu’elle s’est longtemps imposée comme le moyen de référence pour mettre en avant son profil auprès d’un employeur lors d’un processus d’embauche, la lettre de motivation fait aujourd’hui face à de nombreuses critiques, et ce à juste titre. Le principal argument évoqué à l’encontre de la lettre de motivation est son caractère superficiel : elle est en effet trop souvent remplie de formules « toutes faites » aussi floues qu’inutiles. Selon un sondage réalisé en 2014 par le site d’offres d’emplois CareerBuilder, certains recruteurs n’hésiteraient pas à « blacklister » un candidat à la vue d’un terme jugé dénué de sens. Parmi eux, « sortir des sentiers battus » est cité par 26% des recruteurs, « le meilleur » (38%) ou encore « synergie » (22%).
L’impasse dans laquelle se trouve la lettre de motivation est également liée au fait que les exigences formelles qu’elle impose ont trop tendance à s’homogénéiser (chaque candidat disant à peu près la même chose), lui faisant ainsi perdre toute sa pertinence en tant qu’outil de sélection des profils.

Quelles alternatives pour remplacer la lettre de motivation ?

La mort de la lettre de motivation n’est pas seulement la conséquence de ses défauts intrinsèques, c’est surtout l’émergence de solutions plus séduisantes (et plus efficaces) offertes par internet qui lui ont porté le coup de grâce. Dès 2011, une enquête menée par le cabinet Wit Associés montrait que la lettre de motivation n’était plus le moyen de sélection privilégié des DRH. Ces-derniers se disent beaucoup plus réceptifs à un pitch par mail, (intégré directement dans le corps du mail, et non ajouté en pièce jointe) plus concis, plus percutant et surtout plus spontané qu’une lettre de motivation.
Autre arme redoutable pour trouver facilement le profil idéal : les réseaux sociaux, où LinkedIn fait figure de leader dans le domaine du recrutement. Une étude menée par Adecco, société spécialisée en ressources humaines, montre que 79% des individus contactés par un recruteur via un réseau social le sont par Viadeo, et 49% par LinkedIn (le total supérieur à 100% s’explique par le fait que de nombreux candidats sont contactés par ces 2 réseaux sociaux simultanément), contre seulement 3% via Facebook et 1% via Twitter.
La disparition progressive de la lettre de motivation est également due au succès récent des « job board » (ou sites de recrutement) qui n’obligent pas leurs utilisateurs à rédiger une lettre de motivation. A l’image de la popularité rencontrée par les sites français RegionJob (proposant 29.000 offres d’emplois dont 73% en CDI), ou Apec (35.000 offres dont 91% en CDI), ces différents sites permettent aux recruteurs de sélectionner les profils qui les intéressent en se basant seulement sur une courte description et sur un CV. Cette simplification du processus du recrutement a l’avantage de ne pas « effrayer » des candidats susceptibles d’avoir les compétences requises pour exercer un emploi, mais qui auraient été freinés dans leur démarche par l’écriture d’une lettre de motivation.

Le CV est-il voué à subir le même sort funeste que la lettre de motivation ?

Contrairement à la lettre de motivation, il serait mal avisé d’enterrer totalement le CV. Cependant, si ce-dernier dispose encore de longues années devant lui, il est incontestablement appelé à se moderniser. En effet, le CV « classique », c’est-à-dire le CV au format Word ou PDF, purement descriptif (avec les fameuses rubriques « Formation », « Expériences » et « Centres d’intérêt ») et privé (seul le recruteur peut le voir) ne répond aujourd’hui plus aux nouvelles attentes des employeurs. On assiste en effet de plus en plus à l’émergence d’un « CV 2.0 » beaucoup plus personnalisable grâce à des applications internet comme DoYouBuzz et Easy CV. À l’heure de la digitalisation croissante des entreprises, les recruteurs privilégient de plus en plus ces CV disponibles en ligne dans les CVthèques des différentes plateformes de recrutements car ils laissent plus libre cours à l’originalité des candidats : une vidéo, un lien vers un blog ou un diaporama PowerPoint font par exemple partie intégrante de ces CV numériques. Les recruteurs cherchent à déceler au mieux la personnalité de leurs futurs employés (aussi originale soit-elle) : le « CV 2.0 » est donc un excellent moyen pour fuir tout conformisme.
Les mutations du CV reflètent plus généralement une évolution des mentalités toujours plus tournées vers les outils digitaux. Si cette tendance émerge en France, elle est déjà bien implantée aux Etats-Unis depuis plusieurs années. Dès 2012, le CEO de Smart Recruiters (plateforme de recrutement américaine) déclarait que sur les 5 millions de candidatures enregistrées par son entreprise, 40% l’avaient été via des réseaux sociaux sur Internet, envoyant ainsi automatiquement un CV digital à l’employeur. Au regard des mutations numériques que connaissent les différentes méthodes de recrutement actuelles, on peut donc conclure que le CV est loin d’être mort, il se refait simplement une jeunesse grâce à de nombreuses améliorations digitales qui le rendent moins chronophage pour les candidats et plus sélectifs pour les recruteurs.

Quel avenir pour le CV ?
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