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LegalTech : le marché du droit à l’ère du digital

par François Grimpret, B-Reputation

3 février 2017

LegalTech : le marché du droit à l’ère du digital

S’il y a un marché dont le paysage a été littéralement bouleversé par l’arrivée des technologies « digitales », c’est bien celui du juridique. Ces dernières années (ces derniers mois), le secteur du droit a en effet été le témoin privilégié de l’entrée massive des technologies « d’accompagnement » en son sein, si bien qu’un nom pour désigner cette nouvelle famille du marché juridique a été inventé et que l’on parle aujourd’hui de LegalTech. Le terme regroupe ainsi toutes les sociétés fournissant un service juridique digitalisé, c’est-à-dire traité avec l’aide d’outils technologiques rapides, faciles d’utilisation et nettement moins coûteux que les traditionnels honoraires associés à ces mêmes services : création de société, contentieux commercial simple, dépôt de marque… L’avènement des start-ups du droit impose donc un nouveau regard sur le marché du droit et interroge quant à ses champs d’intervention, sa légitimité et ses principaux acteurs. Des problématiques comme le respect de la déontologie, un point essentiel au cœur de cette transformation du secteur dans son ensemble. LegalTech : l’heure de la digitalisation du droit a (enfin) sonné !

Définition et domaines d’intervention

1. La rencontre de la technologie et du droit
C’est aux États-Unis qu’est apparu au début des années 2000 le phénomène de la LegalTech, avec des acteurs devenus aujourd’hui incontournables comme LegalZoom. Littéralement, la LegalTech est la rencontre entre le droit et la technologie. L’objectif originel et l’ambition fondamentale de ces jeunes sociétés à la conquête du monde juridique : la simplification. Simplifier les démarches pour les professionnels et les particuliers, en présentant des nouveaux services qui utilisent la technologie comme une opportunité à saisir pour tous les acteurs du juridique. Devant la complexité du droit, les entreprises de la LegalTech proposent, à l’aide d’outils numériques, de faciliter les démarches juridiques. Si à l’origine ces LegalTech se concentraient uniquement sur des tâches basiques, elles permettent aujourd’hui à chacun d’accéder à des services de plus en plus pointus, comme la génération de contrats complexes.

2. L’avènement des start-ups du droit
Les start-ups du droit se multiplient aujourd’hui à une vitesse impressionnante. Elles sont parvenues à s’imposer sur le marché juridique un peu partout dans le monde et parfois, ont même été à l’origine de nouveautés dans la profession. Des États-Unis à la France en passant par le Royaume-Uni ou l’Allemagne, elles apportent innovation et rapidité dans un secteur traditionnellement assez peu enclin au changement. Il existe aujourd’hui en France 4 types de start-up du droit :

  • Les LegalTech d’automatisation de documents juridiques,
  • Les LegalTech de mise en relation utilisateurs/professionnels,
  • Les LegalTech de gestion des litiges B2C et B2B,
  • Les LegalTech de services B2B (outils prédictifs, etc.).

Transformation des métiers du juridique

1. Un secteur dépassé ?
Les métiers du droit n’ont donc pas échappé à la « vague » technologique qui a déferlé sur tout domaine depuis la montée en puissance d’internet. Mais surtout : ce sont les nouveaux comportements adoptés par les consommateurs/clients qui ont fini de perturber le confort séculaire d’une profession qui n’a jamais, structurellement, évolué. Depuis quelques années maintenant, internet nous fournit, à chacun, des volumes incomparables d’informations, de guides, de tutoriels, d’expertises, gratuitement et facilement. Le droit est ainsi présent sur internet sous n’importe quelle forme (cours, blogs, forums, podcast, vidéo...). Les clients sont naturellement devenus de plus en plus exigeants. Internet est devenu LA solution pour tout le monde, car quoi que puisse en penser certains, on y trouve du faux, certes, mais aussi beaucoup de vrai ! Alors pourquoi payer un avocat lorsqu’il est possible d’obtenir toutes les informations juridiques souhaitées sur internet ? Cette question est pertinente du point de vue du client. Ainsi, celui-ci souhaite de plus en plus se faire entendre. Il exige de la transparence dans la prestation que lui fournit l’avocat, et pas uniquement d’un point de vue de l’information transmise, mais aussi, et peut-être surtout, concernant les tarifs pratiqués. Le client exige plus de transparence et un autre modèle que la tarification horaire qui semble désormais d’un autre temps. Deux problématiques essentielles à une bonne relation client/avocat et auxquelles répondent mieux que les acteurs traditionnels du marché les entreprises de la LegalTech, d’où l’intérêt pour les premiers de se rapprocher des secondes.

2. Bénéfices de la LegalTech pour les acteurs traditionnels
Définir les bénéfices de la LegalTech, c’est se demander ce que la technologie et ce nouveau modèle économique apportent au marché du droit et ses acteurs traditionnels :

  • La possibilité de trouver de nouveaux clients en « industrialisant » les process de recrutement de prospects : le marketing associé aux technologies peut aider à gagner en visibilité auprès d’un marché identifié et peut générer des contacts très qualifiés. Ici la vraie valeur ajoutée de l’avocat est dans la confirmation du contact et le choix de la réponse à apporter, pas dans la mise en relation initiale qui peut être un peu industrialisée sur un site internet.
  • Rassurer les clients actuels et futurs : c’est un puissant critère de différenciation entre les différents acteurs d’un marché, leur crédibilité, leur fiabilité et leur disponibilité. Un site internet moderne et mobile, une présence régulière sur les réseaux sociaux et médias montrent l’expertise d’un avocat (par exemple) au plus grand nombre.
  • Gagner du temps : il s’agit presque d’un euphémisme (en apparence seulement), mais la technologie appliquée au marché du droit est une source inestimable pour gagner du temps (donc notamment réduire les coûts).
  • Améliorer la relation client : par exemple avec la mise en place d’une facturation en ligne accessible aux clients, rapide et précise. C’est plutôt simple. Autre piste, un outil de recueil d’avis pour que les clients puissent évaluer les prestataires en action (notamment les avocats) et ainsi participer à leur e-reputation (et vous aider à améliorer votre satisfaction client).

LegalTech et éthique

1. Une charte commune avec les professions du droit
Les entreprises de LegalTech ont souffert – et souffrent encore partiellement – d’un déficit de reconnaissance des institutions et des corporations traditionnelles liées au secteur du droit en France. Le reproche le plus courant ? Que ces mêmes entreprises de LegalTech manquent « d’éthique » et seraient même parfois en contradiction avec la déontologie. Un déficit d’image que les acteurs de la LegalTech ont décidé de combler, notamment en travaillant de concert avec les acteurs traditionnels du marché du droit sur une « Charte éthique pour un marché du droit en ligne et ses acteurs », signé en janvier 2017. Cette charte, rédigée sous les auspices des Associations ADIJ et OPEN LAW, « propose un ensemble de règles visant à donner à tous les usagers du droit des garanties de compétence, de confidentialité et de responsabilité afin de stimuler l’innovation de la LegalTech dans un cadre harmonieux et respectueux de la diversité des acteurs tout en renforçant la confiance du public dans ses produits et services ».

2. Les principaux axes de la charte éthique
La charte incarne ainsi l’engagement de ses signataires à contribuer tant à la promotion des nouvelles technologies qu’à la qualité de la transition vers ces nouvelles technologies, en s’engageant en particulier sur :

  • La qualité de service que peuvent attendre les acteurs économiques qui recourent aux services d’une LegalTech,
  • Le respect des obligations en matière de sécurité et de confidentialité,
  • Le respect des périmètres d’intervention de chaque profession,
  • La responsabilité des acteurs de la LegalTech.

Après une période de défiance relative, LegalTech et acteurs traditionnels du marché du droit semblent avoir définitivement pris le chemin du « vivre et s’améliorer ensemble », étape cruciale et nécessaire à la reconnaissance de la LegalTech comme source fiable et parfaitement compétente en matière de traitement juridique. L’avenir du droit sera technologique ou ne sera pas !

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