B-Mag > Paroles d'experts > LegalTech : Interview de Guillaume Manuel, cofondateur de TYR Legal

LegalTech : Interview de Guillaume Manuel, cofondateur de TYR Legal

par Pierre-Olivier Burte, B-Reputation

20 février 2017

LegalTech : Interview de Guillaume Manuel, cofondateur de TYR Legal

Fondée fin 2015 sous forme d’association par Elie Huvelin développeur et Guillaume Manuel avocat, TYR-LEGAL a pour ambition de simplifier les procédures juridiques fastidieuses. Pionnier en matière de « justice prédictive », TYR-LEGAL détermine à l'aide d’algorithmes le risque juridique de manière objective dans des situations types de contentieux. TYR-LEGAL se spécialise initialement en droit social profitant ainsi de la rigueur procédurale de la matière. Travaillant principalement avec des avocats et des ingénieurs, nous sommes convaincus que le concept dit de « justice prédictive » doit s'accompagner d'un service complémentaire facilitant l'accès au droit.

Quelle est votre définition de la LegalTech ?
Guillaume Manuel : La LegalTech est l'opportunité pour les juristes et avocats de redéfinir leur métier et bénéficier à nouveau d'un rôle à forte valeur ajoutée, comme cela pouvait être le cas auparavant. Bien qu'à court et moyen terme, il est normal que ces dernières suscitent certains doutes, je suis convaincu que les professionnels du droit y gagneront en crédibilité. La prestation intellectuelle sera valorisée et personnalisée et les tâches juridiques à teneur davantage administrative deviendront beaucoup plus abordables. La LegalTech finalement, c'est la démocratisation du droit au service de tous. Pour les bénéficiaires de ces nouvelles sociétés, c’est la possibilité d'avoir enfin plus de transparence sur les prix et d'avoir un résultat immédiat et fiable. En y réfléchissant bien, la LegalTech c'est un changement structurel dans la pratique du droit qui vient en réponse à des problématiques qui ne peuvent aujourd'hui plus être ignorées. Je pense notamment au paradoxe opposant les clients et les avocats : ces derniers sont facturés au taux horaire alors que le client demande une réactivité immédiate. Je pense également aux cabinets d'avocats qui ne vivent que sur de la reproduction de l'existant alors qu'ils pourraient espérer être mandatés sur de véritables problématiques juridiques.

La LegalTech est-elle définitivement entrée dans les mœurs des Français ?
GM : A cette question qui est moins évidente qu’elle n’y paraît, je répondrais que chacun connaît au moins une ou deux sociétés de service juridique en ligne. Partant de ce constat, je pense que oui, elle est entrée dans les mœurs. Lorsque l'on présente notre projet, les personnes sont étonnées que cela n'existe pas déjà en France. S’agissant d’autres LegalTech, lorsque l'on évoque la possibilité d'obtenir un document juridique en ligne, elles comprennent rapidement qu'il ne s'agit que de publipostage...cela devrait exister depuis bien plus longtemps. Lorsqu'on leur dit que malgré la mise à disposition de plusieurs milliers de décisions de justice depuis plusieurs années, les services permettant la visualisation du risque judiciaire viennent tout juste d'être crées, cela choque un peu. Cela donne d'ailleurs une image rétrograde de la justice. Paradoxalement à cela, certains avocats ne réalisent toujours pas les changements structurels que cela engendre dans l'exercice de leur métier.

Le marché du droit est-il désormais entièrement couvert par la LegalTech ?
GM : Absolument pas, j'ai entendu un jour un fondateur de LegalTech et ancien avocat, dire que : « Tout ce qui pourra être codé sera codé. » Je partage cet avis à 100%. C’est peut-être un peu extrême, mais je pense que les avocats devraient apprendre à coder afin que leurs clients puissent bénéficier à tout moment de leur raisonnement. A défaut la LegalTech s’en chargera pour eux, mais il sera alors déjà trop tard. Si la LegalTech est un bulle, cette dernière ne risque définitivement pas d'exploser.

Combien d’employés compte aujourd’hui TYR-LEGAL ?
GM : Deux personnes sont intégrées au projet à temps plein, Elie et moi. Plusieurs autres personnes nous soutiennent ponctuellement lorsque nous en avons besoin.

Combien de professionnels du droit travaillent pour TYR-LEGAL ?
GM : TYR-LEGAL fait appel aujourd’hui a trois avocats, moi inclus, mais espérons pouvoir travailler avec davantage d'avocats et juristes à l'avenir.

Combien d’actes traitez-vous par mois ?
GM : Aucun pour l'instant, nous terminons notre programme et le validons progressivement afin de garantir un résultat irréprochable lorsqu'il sera totalement opérationnel.

Quel est le panier moyen d’un utilisateur de TYR-LEGAL?
GM : Cela reste encore à définir, mais ce qui est sûr c'est qu'il sera plus abordable que celui d'un avocat !

Quel est le niveau d’économie réalisée par un particulier, pour un même acte, entre TYR-LEGAL et un avocat traditionnel ?
GM : Sans doute de l'ordre de 70%, cela peut différer bien entendu selon les cabinets d'avocats.

Quelle est votre vision du métier d’avocat à 10 ans ?
GM : Les sites des cabinets d’avocats ne seront plus statiques mais dynamiques. L'ensemble des avocats y compris les jeunes collaborateurs pourront être mandatés sur des tâches intéressantes et valorisantes, ils bénéficieront ainsi d'une véritable évolution professionnelle d’une année sur l’autre. La LegalTech permettra aussi je l'espère d'amoindrir l'opacité qui entoure certaines pratiques professionnelles. Les avocats seront donc sans doute plus transparents avec leurs clients, et leur image s'améliorera.

Les particuliers se déplaceront-ils un jour au tribunal seulement munis d’une application mobile ?
GM : Au contraire, l'application désengorgera les Tribunaux. Les Tribunaux seront alors sollicités pour des affaires beaucoup plus intéressantes, tout comme les avocats.

Selon vous, quel autre secteur sera le prochain à connaître une aussi profonde transformation que le marché du droit, s’il en reste un… ?
GM : La médecine et la finance ont déjà été impactés, la restauration également. Rien n’y échappe ! Il y a eu la révolution industrielle, il y a aujourd’hui la révolution numérique. Peut-être le secteur des transports évoluera encore. Une voiture sans pilote a eu un accident et a été mise hors de cause en termes de responsabilité... Cela promet pour l’avenir.

>> Voir la page B-Reputation de TYR LEGAL

À lire aussi

Newsletter

Une fois par mois, le meilleur de notre magazine :

  • e-reputation, référencement, réseaux sociaux
  • digitalisation des entreprises
  • satisfaction client

Articles, dossiers, interviews et infographies !

Rejoignez-nous sur facebook

Suivez-nous sur Linkedin

Suivez-nous sur twitter